
Date de sortie : 15 février 2012
Durée du film : 105 min
Réalisé par : Phyllida Lloyd
Genre : Historique, biopic, drame
Récompense : 8 prix et 4 nominations dont l'oscar pour la meilleure actrice
Synopsis :
Margaret Thatcher, première et unique femme Premier ministre du Royaume-Uni (de 1979 à 1990), autrefois capable de diriger le royaume d’une main de fer, vit désormais paisiblement sa retraite imposée à Londres. Agée de plus de 80 ans, elle est rattrapée par les souvenirs. De l’épicerie familiale à l’arrivée au 10 Downing Street, de succès en échecs politiques, de sacrifices consentis en trahisons subies, elle a exercé le pouvoir avec le soutien constant de son mari Denis aujourd’hui disparu, et a réussi à se faire respecter en abolissant toutes les barrières liées à son sexe et à son rang. Entre passé et présent, ce parcours intime est un nouveau combat pour cette femme aussi bien adulée que détestée.
Trame du film :
« I’ve done battle every single day of my life »
« De nos jours, les gens ne pensent plus : ils ressentent ! “Comment vous sentez-vous ?”, “Je ne me sens pas à l’aise”... Vous savez quel est l’un des grands problèmes de notre époque ? C’est que nous sommes gouvernés par des gens qui se soucient plus de sentiments que de pensées ou d’idées. Moi, c’est cela qui m’intéresse. Demandez-moi ce que je pense, pas comment je me sens ! ».
The Iron Lady évoque la femme politique, au travers des souvenirs de Margaret Thatcher en 2009 : des années de formation jusqu'à sa chute politique en 1990.
Novembre 2009. Âgée de 86 ans, affaiblie par l'âge, souffrant de troubles de la mémoire, l'an-cienne Premier Ministre vit dans sa maison de Chester Square, entourée d'un personnel attentif et de sa fille Carol, qui vient la voir régulièrement. Margaret Thatcher vient de se résoudre à se défaire des vêtements et autres effets personnels de son époux Denis : les objets qu'elle rassemble font resurgir des images du passé. Denis Thatcher est mort depuis six ans, mais il est encore très présent dans le quotidien de sa veuve.
Afin de comprendre le film, il serait judicieux de se remémorer, avant de s’intéresser au film en lui-même, les points importants dans l'histoire de l'Angleterre durant le dernier quart du siècle dernier. Le film n'est pas un documentaire, c'est une narration subjective qui émane de la principale intéressée. L'objet du film est de cerner la personnalité de Margaret Thatcher, les conditions dans lesquelles elle a exercé ses tâches de Premier Ministre. Le fil conducteur du film, c'est la mémoire de Margaret Thatcher. Le film se construit à travers un montage d'allers et retours entre les années de grandeur et décadence de la femme politique, et le présent dans la résidence de Chester Square.
Dans la première scène, la Maggie de 2009 a trompé la surveillance du personnel chargé de son bien-être et de sa sécurité, et s'est rendue au supermarché pour acheter du lait (méconnaissable dans son imper beige, son fichu noué sous le menton, un cabas à commissions en plastique bleu à la main : juste une petite vieille voûtée).
2009, c'est l'année où le gouvernement britannique prépare une cérémonie en son honneur à 10, Downing Street pour le dévoilement de son portrait (peint par David Stone) qui sera exposé aux côtés de ceux de Winston Churchill et de David Lloyd George. (Tous les premiers ministres du XXe siècle ont leur photographie à 10, Downing Street, seuls trois y sont représentés en peinture !) .
C'est en 1959 que Thatcher entre en politique, dans le parti conservateur (Tory), elle a 34 ans, elle est mariée et mère de jumeaux qui ont six ans. Elle gagne la direction du parti conservateur en et quatre ans plus tard, elle est nommée Premier Ministre, à 54 ans. Elle restera onze ans et demi au pouvoir soit jusqu'en 1990, (battue seulement en termes de longévité par Robert Banks Jenkinson, 2e Lord Liverpool qui fut en poste de 1812 à 1827, soit durant 15 ans), avant d'être contrainte de démissionner, désavouée par son propre parti. Héroïne quasi shakespearienne, elle apparaît comme le pendant féminin du Roi Lear, un parangon de détermination et de pouvoir qui a tout perdu, trahi par les siens. Entourée des objets et photos témoins de son parcours, Thatcher se souvient des grands moments du passé, et dialogue avec son époux.
Margaret Thatcher fut une dirigeante intègre, incorruptible et intraitable. Une féministe qui aimait travailler avec des hommes, et qui semble n'avoir revendiqué et obtenu l'égalité que pour elle-même ! Aucun regret, aucun remords, elle revit certaines étapes de sa carrière qui fut une longue lutte : "I've done battle every single day of my life" (chaque jour de ma vie a été un combat). Et la lutte semble toujours à l'ordre du jour, contre ses hallucinations, dont elle a parfois conscience que ce sont des chimères. Il suffit, pour s'en convaincre, de penser à la scène dans laquelle elle enclenche tous les appareils "bruyants" à sa portée, pour ne plus entendre la voix de Denis Thatcher : c’est sa manière de lutter contre la démence.
Meryl Streep porte le film à bout de bras et sa prestation éblouissante fait l'unanimité. Elle interprète la Margaret Thatcher politique, qui fut active dès 1959, dès sa 34ème année. Elle incarne également la Margaret Thatcher d'aujourd’hui.
Maggie se revoit seule, envers et contre tous, seule au milieu d'hommes, seule à prendre des décisions qu'elle mûrit longuement, dans une réflexion qui vise le long terme. Son impopularité semblait peu lui en chaloir (il n'est jamais question dans le film de cote de popularité ni de sondages) : elle se préoccupait des idées et de leur mise en œuvre. Son credo : "Watch your thoughts, for they become words. Watch your words for they become ac-tons. Watch your actions, for they become ... habits. Watch your habits, for they become character. Watch your character for it be-comes your destiny ! What we think, we become !" (Attention à vos pensées, Surveillez vos mots, ils deviennent des actes. Surveillez vos actes, car ils deviennent des habitudes. Veillez à vos habitudes, qui forgent votre caractère. Surveillez votre caractère, car il forge votre destin. Ce que nous pensons, nous le devenons.)
Un an avant l'arrivée de Thatcher au pouvoir, une décennie de régime travailliste avait laissé le Royaume-Uni exsangue, en proie à une crise économique sans précédent. "L'hiver du mécontentement" (Winter of discontent) de 1978-1979 fut marqué par des grèves massives lancées par les syndicats, et de désastreuses coupures de chauffage et d'électricité. Dans le centre de Londres, les ordures s'amoncelèrent à cause d'une grève des éboueurs. Le gouvernement travailliste dut céder aux revendications des grévistes, mais les électeurs ne le lui pardonnèrent pas.
Le malheur des uns... Maggie sut convaincre par un discours ferme, et par des résultats. Au cours des années Thatcher, l'inflexibilité de la Première devient légende : face au terrorisme de l'IRA (attentats chez Harrod's, à Brighton, dans Hyde Park, etc.) et aux grévistes de la faim de cette même IRA (1981) ou encore durant le bras de fer avec les syndicats de l'industrie minière en (1984-1985). Ses mesures très impopulaires pour redresser l'économie au détriment du citoyen lambda britannique (hausse des taux d'intérêts, diminution des aides sociales, introduction en 1990 de la Poll Tax - un impôt forfaitaire individuel que le successeur de Thatcher, John Major, fut contraint de supprimer -, privatisations, etc.) ont certes eu un effet bénéfique dans l'histoire du Royaume-Uni, mais n'ont guère contribué à rendre Thatcher populaire. On voit à plusieurs reprises une foule en fureur s'en prendre à la voiture de fonction de la Première, tandis qu'elle semble rester de marbre.
Néanmoins, c'est grâce à elle que la productivité britannique a repris de l'essor (aux dépens d'acquis sociaux) et que le chômage a baissé spectaculairement.
Sa décision en 1982 d'entrer en guerre contre l'Argentine pour reprendre les Îles Malouines, est présentée comme preuve du sens tactique de Thatcher et de sa rapidité de réaction à une menace de guerre. Ces îles sur lesquelles vivaient principalement des Anglais, que d'aucuns jugeaient "politically and economically insignificant", furent soudain l'enjeu d'une guerre entre deux puissances du bloc occidental, qui s'acheva par une victoire britannique, largement applaudie au Royaume-Uni. Thatcher a pu affirmer, le 15 juin 1982 : « Britain is Great again ».
Sur trois points au moins, l'Histoire a donné raison à la Dame de Fer : la reconquête dès Malouines, sa réticence à l'Europe et son refus d'adopter la monnaie unique. Vers 2009-2010, d'importantes ressources pétrolières ont été découvertes dans l'archipel des Malouines. L'Argentine est de nouveau très intéressée par ces îles qu'elle ne put arracher au Royaume-Uni il y a trente ans. Quant à la méfiance de la Dame de Fer vis-à-vis de l'Euro et de l'Europe unie, on dirait presque que c'était un pressentiment ....
On peut se demander d'où Thatcher a-t-elle tiré la force de défendre ses convictions ? Comment a-t-elle convaincu et fasciné une majorité des Britanniques pendant près de 11,5 ans ? Que fut le coût humain de sa politique ? Pourquoi a-t-elle montré si peu d'empathie pour les classes sociales défavorisées ? Le film se concentre sur son courage et sa volonté, mais ne répond pas à ces interrogations. Il présente cette self-made woman, cette fille d'épicier fière de l'être, et fière d'avoir accompli ses études à Oxford, cette battante qui s'est imposée dans un monde politique essentiellement masculin. Politicienne de conviction, jamais opportuniste, elle n'a eu qu'un credo : "shake off the shackles of socialism" (éliminer les boulets du socialisme) et restaurer la grandeur du Royaume-Uni.
Les médias britanniques et les proches de Thatcher reprochent au film de montrer une Thatcher sénile et diminuée, et de traiter superficiellement les années de Thatchérisme (c'est ainsi que fut qualifiée sa politique d'économie libérale). En outre, le comique de certaines situations est jugé par eux cruel et de mauvais aloi.
Toutefois, ces reproches peuvent être contredits. Nous ne plongeons dans le délire d'une dame gâteuse. Thatcher se souvient de certains partenaires politiques : Mikhaïl Gorbatchev, Nelson Mandela, Ronald Reagan, Indira Gandhi. Curieusement, la Thatcher évoquée par la scénariste Abid Morgan ne mentionne pas la souveraine britannique, ni le Président socialiste Mitterrand avec lequel elle partagea l'hostilité à la réunification des deux Allemagnes, et le projet de Tunnel sous la Manche ! Par contre, Reagan, qui la surnomma "The best Man in England", et dont elle avait dit qu'il était "The second most important man in my life", a droit à un tour de danse dans le film, une danse où elle a pour partenaire son époux Denis, puis Ronald Reagan. Les événements forts qui marquèrent ses années au pouvoir sont présentés dans un montage d'archives et de scènes tournées. L'abondance des faits mentionnés peut égarer le spectateur non averti. L’appui sur des images d’archives permet de se rapprocher de façon la plus exacte possible sur la vie de Margaret Tatcher.
Elle effleure, au passage, sa situation familiale : ses enfants qui essaient de la retenir à l'aube de sa carrière politique, son mari qui lui reproche son ambition lorsqu’elle brigue la présidence du parti conservateur. On suppose que Denis et Margaret Thatcher ne se quittent jamais, il est avec elle à Downing Street, il finira ses jours à ses côtés. Pendant plus de 50 ans, Denis Thatcher sera toujours quelques pas en retrait, toujours dans l'ombre de sa célèbre épouse.
Iron Lady n'est pas une oraison funèbre à une icône politique déchue. Si elle a perdu son identité et son pouvoir de femme politique, ses forces physiques et Denis, son rocher dans la tempête, Maggie demeure un être de réflexion, qui lutte pour garder sa santé mentale et son indépendance. Et peut-être la clé du film tient-elle dans une scène émouvante, à la fin du film. Thatcher a débarrassé les affaires de Denis, elle voit son fantôme s'éloigner, elle lui demande, trop tard : "Were you happy, Denis ?". Il ne lui répond pas.
Meryl Streep, Américaine pur teint, possède un talent illimité pour imiter des accents : elle trouve ici les intonations parfaites pour reproduire l'accent britannique et les inflexions vocales de Thatcher, sa voix basse, thoracique, son timbre chaud, la régularité et la mélodie fluide de son débit... Sa prestation est décrite de spectaculaire! Le langage corporel, la posture de Thatcher quinquagénaire ou octogénaire, tout est très authentique.
"One must be brave when one is to take the wheel" (on doit être courageux si l'on doit prendre les commandes), dit une fois Thatcher à sa fille Carol. On voit bien à travers cette réplique tout le courage de cette femme.
