Date de sortie : 18 mai 2011
Durée : 1h45 min
Réalisé par : Xavier Durringer
Genre : Comédie dramatique, Thriller, Biopic
Synopsis :
6 mai 2007, second tour de l’élection présidentielle. Alors que les Français s’apprêtent à élire leur nouveau Président, Nicolas Sarkozy, sûr de sa victoire, reste cloitré chez lui, en peignoir, sombre et abattu. Toute la journée, il cherche à joindre Cécilia qui le fuit. Les cinq années qui viennent de s’écouler défilent : elles racontent l’irrésistible ascension de Sarkozy, semée de coups tordus, de coup de gueule et d’affrontements en coulisse. La conquête : l’histoire d’un homme qui gagne le pouvoir et perd sa femme.
Trame du film :
Le film débute le 6 mai 2007, le jour de l’élection présidentielle. On voit Nicolas Sarkozy dans sa chambre, dans le noir. Il écoute la radio tout en regardant avec nostalgie sa bague de fiançailles. La musique rend le moment intense et on sent le personnage tiraillé entre deux choix : la politique ou sa femme.
Tout au long du film, le réalisateur a choisit de faire des flash-backs et des flash-forward pour raconter la campagne du futur Président de la République.
On se retrouve donc en avril 2002. Nicolas Sarkozy rencontre Monsieur Jacques Chirac à l’Elysée. Ce dernier refuse à Sarkozy le poste de premier ministre, mais lui donne le Ministère l’Intérieur. C’est la première chose qui est intéressante : on s’aperçoit dans ce film que la distribution des ministères se fait en réalité par rapport à l’affinité et à la stratégie.
On remarque aussi une certaine tension entre les deux personnages. Chirac et Sarkozy ne s’apprécient pas trop et ça se voit.
Sarkozy qui n’est pas dupe est bien conscient que Chirac l’a mis au Ministère de l’Intérieur pour le décrédibiliser. Il est donc d’autant plus motivé pour faire parler de lui. Il veut être le « ministre de l’actualité ». A cette époque, il y a des problèmes dans les banlieues. Sarkozy y fait beaucoup de déplacements pour évaluer la situation et déclare la guerre aux délinquants.
Cécilia Sarkozy, sa femme, joue un très grand rôle dans la politique de Nicolas Sarkozy. Elle lui donne des conseils qui sont pertinents et qui sont le plus souvent suivis par le futur Président. Au début du film, elle veut notamment remodeler le personnage de son mari pour qu’il modifie en profondeur la politique. Selon ces propos, il faut que Nicolas Sarkozy dépoussière la politique. Et pour cela, la transparence est la stratégie idéale. Il faut montrer aux Français que Sarkozy est comme eux. Le couple Sarkozy va donc se faire filmer où qu’ils aillent. On les voit notamment faire du vélo suivis par une horde de caméras.
A travers le sport, Sarkozy veut aussi apparaitre comme quelqu’un de dynamique et de jeune, pour contraster totalement avec l’image du président de l’époque, Jacques Chirac.
Aux vues du film, Nicolas Sarkozy est aussi quelqu’un de provocant qui n’a pas froid aux yeux. Par exemple, lors d’une interview télévisée, alors qu’il est encore ministre de l’Intérieur sous Chirac, Sarkozy dit qu’il pense se présente à l’élection présidentielle. L’hypocrisie tient aussi une grande place dans le monde de la politique. On voit ainsi Chirac félicité Sarkozy pour son intervention à la télévision alors même qu’il n’a pas du tout apprécié et l’a pris comme un affront. Tout est une question de stratégie et d’habilité politique. Il faut faire les bons choix aux bons moments et c’est ce qui apparait très fortement dans ce film. Chirac ne veut pas céder sa place à Nicolas Sarkozy et le montre bien. Lors d’une interview télévisée, le président dit en parlant de Nicolas Sarkozy : « Je décide, il exécute ».
On a aussi l’impression d’être au cœur du système politique avec les différents scandales et commérages. Dans le camp de Sarkozy, on ridiculise Chirac en le faisant passer pour un homme vieux, qui ne sait plus ce qu’il fait et qui n’entent plus correctement.
Il y a aussi beaucoup de méfiance entre Sarkozy et Dominique de Villepin qui est aux affaires extérieures. Tous les deux veulent la place de Chirac et vont se battre pour. Même s’ils se détestent, leur relation reste politiquement correcte voire hypocrite particulièrement du côté de de Villepin. Ce dernier se montre très sympathique envers Sarkozy alors même qu’il le surnomme « le nain » derrière son dos.
Sarkozy apparaît lui comme un homme franc qui se bat à découvert. Il n’est pas dupe du jeu du Ministre des Affaires étrangères. Il rejette l’hypocrisie et la fausse sympathie de de Villepin. Nicolas Sarkozy est pugnace et déterminé, il se prépare depuis trente ans à cette bataille qui mène à l’Elysée. Il n’abandonnera pas maintenant. C’est lors de déjeuners entre les deux ministres que Sarkozy pose les bases et affirme son ambition et sa volonté.
Nicolas Sarkozy récupère ensuite la direction du parti de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) suite à un scandale qui a éclaboussé Alain Juppé en 2004. Chirac s’oppose à cela car il considère qu’un homme politique ne peut cumuler une fonction nationale et la direction d’un parti sans que se pose la question de l’éthique. Mais Nicolas Sarkozy se passe de sa permission et décide de cumuler les deux fonctions. On voit ici un autre trait de caractère du Président de la République. Il est déterminé et culotté voire insolent.
Dans ce film, on s’aperçoit aussi que le monde de la politique est véritablement entouré par la suspicion. Dominique de Villepin est notamment persuadé que Nicolas Sarkozy est parti en Chine pour trouver des financements pour sa campagne.
Le film relate aussi les débuts de « l’affaire Clearstream ». Le nom de Nicolas Sarkozy a été rajouté sur une liste de comptes secrets en Italie. Ce dernier pointe du doigt Dominique de Villepin et promet de se venger. On voit ici l’image d’un homme rancunier.
Après l’échec cuisant des régionales de 2004, la droite est abattue. Nicolas Sarkozy se fait alors passer pour le sauveur. Selon lui, les Français veulent du changement. Ils veulent à leur tête un homme d’action qu’incarnerait Sarkozy.
Le 28 novembre 2004, lors congrès de l’UMP, Sarkozy devient véritablement le candidat de l’UMP pour l’élection présidentielle de 2007. Il fait un grand show à l’américaine. Dans ses discours, il insiste beaucoup sur l’idée de changement. Il valorise aussi le mérite avec des slogans simples et impactants comme « Travailler plus pour gagner plus ». Il apparaît aussi comme le protecteur des couches populaires.
Le réalisateur dresse aussi tout au long du film un portrait de Nicolas Sarkozy qui apparaît comme un personnage aux multiples facettes. Tout d’abord, il a une forte gestuelle. Il s’exprime beaucoup avec les mains, en bougeant. C’est quelqu’un de dynamique qui est très sportif. Dans le film, Sarkozy apparaît aussi comme quelqu’un de sympathique notamment avec les journalistes. On a véritablement l’impression qu’il tient les journalistes dans sa poche et qu’il peut en faire ce qu’il veut. Sarkozy peut parfois aussi être colérique. Il lui arrive plusieurs fois de piquer des crises de colère car son équipe de campagne n’a suivi ces instructions. On voit aussi un homme qui n’est pas très cultivé. Cela se voit notamment lors du déjeuner avec de Villepin. Nicolas Sarkozy semble aussi assez narcissique. Il parle beaucoup de lui, il n’écoute pas vraiment quand les gens lui parlent notamment sa femme. C’est quelqu’un de drôle et de séducteur comme le montre le diner avec les journalistes après sa rupture avec Cécilia où il séduit une jeune journaliste en chantant.
Il se montre aussi très attaché à sa femme. Lorsque sa femme le quitte pour aller rejoindre son amant en Jordanie, Sarkozy est à la fois bouleversé et énervé. Il ne comprend pas pourquoi elle lui fait ça maintenant alors même qu’il a besoin de son soutien pour sa campagne. Il va même jusqu’à reprendre sa fonction de Ministre de l’économe, des finances et de l’industrie à Bercy parce qu’il sait que Cécilia aimait sa vie là-bas. Sa femme revient mais uniquement par devoir, pour ne pas handicaper la campagne de Nicolas Sarkozy.
La presse est aussi omniprésente en politique. Elle s’empare de cette affaire
Lors de sa campagne, Sarkozy centre son programme sur quatre thèmes principaux : la sécurité, l’immigration, la justice, et l’éducation. Il veut aussi s’ouvrir à la gauche pour obtenir un gouvernement multipartiste. Pour cela, il va engager des conseillers politiques de gauche pour l’aider à préparer ces discours.
Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu à 53%. Son élection rencontre une grande ferveur populaire. Mais Cécilia Sarkozy, elle, est bouleversée car elle sait qu’elle vient de perdre son mari.
La dernière scène du film montre le Président de la République monter les marches. On entend juste une musique et le crépitement des appareils photos.
La musique du film joue aussi sur l’émotion du spectateur. Puisque le plus souvent, on a une musique de cirque qui tourne en ridicule les hommes politiques et plus particulièrement Nicolas Sarkozy.
Critique :
La Conquête suit une chronologie factuelle très proche de la réalité. Les faits sont précis et aisément reconnaissables. Le déjeuner entre Sarkozy et De Villepin à la Baule en 2005 en est un exemple parmi d’autres. La mise en scène accorde aussi une grande importance au cadre politique. On reconnaît facilement les lieux comme l’Elysée.
La Conquête suit une chronologie factuelle très proche de la réalité. Les faits sont précis et aisément reconnaissables. Le déjeuner entre Sarkozy et De Villepin à la Baule en 2005 en est un exemple parmi d’autres. La mise en scène accorde aussi une grande importance au cadre politique. On reconnaît facilement les lieux comme l’Elysée.
Pour ce qui est du jeu des acteurs, celui-ci est aussi épatant. Denis Podalydès incarne parfaitement Nicolas Sarkozy jusque dans sa démarche, sans tomber toutefois dans la caricature.
En ce qui concerne le sujet en lui-même, le film ne nous apprend pas grand-chose ni sur le système politique ni sur le personnage de Sarkozy. Cela reste une comédie avec des répliques qui font mouches et qui amusent mais qui en réalité, étant présentées sans leur contexte, sont sans grand intérêt. Il a aussi beaucoup d’impasses sur la vie privée du personnage mais aussi sur son accession au pouvoir. Le film ne montre pas par exemple que Sarkozy ne s’intéressait pas beaucoup à l’UMP avec 2004 et qu’il ne pesait qu’un tiers des adhérents au moment de son élection. Le film simplifie l’histoire pour donner un scénario homogène et simple. Dans le film, on a donc l’impression que Sarkozy rassemble tout le parti alors qu’en réalité, il n’est pas forcément apprécié de tous.
Du point de vue politique, La Conquête semble exagérer les traits des personnages. Dominique de Villepin est ainsi décrit comme un conspirateur qui veut à tout prix « éliminer » politiquement Sarkozy alors que Jacques Chirac est présenté comme un président dépassé par les évènements et vulgaire. Or il ne faut pas oublier que pendant ce même quinquennat, De Villepin a fait un remarquable discours à l’ONU lors de la crise irakienne, et Jacques Chirac, un discours très connu à Johannesburg.
En réalité, de ce film, on apprend peu de choses sur les coulisses de la vie politique. Les faits sont parfois racontés dans l’excès comme c’est le cas pour l’affaire Clearstream.
De plus, ce film peut apparaitre très critique envers Chirac et De Villepin. Alors même que Nicolas Sarkozy est présenté de manière touchante et sympathique. Le film souligne en effet la douleur personnelle qu’a traversé le Président lors de son accession au pouvoir.
La Conquête est donc un film convenu qui n’est pas d’un grand intérêt pour comprendre les soubassements de la politique mais qui a néanmoins le mérite de dépeindre, avec plus ou moins de clarté, les évènements survenus dans la vie privée de Nicolas Sarkozy entre 2002 et 2007.


