La Chute






Date de sortie : 5 janvier 2005 (2h 30min)
Durée du film : 2h30
Réalisé par : Olivier Hirschbiegel
Genre : historique, biopic














Synopsis :

Berlin, avril 1945. Le IIIe Reich agonise. Tandis que les Soviétiques préparent l'offensive finale contre les troupes de la Wehrmacht et que les combats font rage dans les rues de la capitale berlinoise, Adolf Hitler se réfugie dans son bunker en compagnie de ses généraux et de ses proches. Malgré l'imminence de l'inévitable défaite de l'Allemagne, le Führer s'obstine à continuer la lutte, et ce malgré le manque croissant d'effectifs et de munitions.
Le film présente ainsi les douze derniers jours de la vie d'Adolf Hitler passés dans son bunker, lors de la bataille de Berlin et les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale sur le théâtre européen. L'action suit les points de vue des témoins de cette période, dont principalement Traudl Junge, la dernière secrétaire d'Hitler, pendant que ce dernier vit ces dernières heures et la chute du régime…





Trame du film :

" Les derniers jours du IIIème Reich sont une sorte de condensé, ultra concentré, de la période hitlérienne. En d'autres termes, il n'y a pas meilleure introduction à l'histoire du IIIème Reich que l'histoire de sa chute. La fin du Reich contient, en quelque sorte, le Reich tout entier. C'est une histoire extraordinairement fascinante qui parle d'elle-même. C'est une tragédie traversée de tant de circonstances bouleversantes, abominables et marquées par la fatalité qu'on ne saurait y rester indifférent. " Joachim Fest, auteur du livre Les derniers jours d'Hitler, dont s’est servi le réalisateur du film.


Le film démarre avec la voix off de Traudl Junge ; elle nous fait part de son état d’esprit au
moment de son recrutement, en novembre 1942, en tant que sécrétaire d’Hitler.
Après cette première scène, tout le film se déroule en 1945, du 20 avril au     .
Berlin, 20 avril 1945. 56ème anniversaire de Adolf Hitler 2 ans et demi plus tard.
Hitler découvre que les Russes ne sont plus qu’à 12 kms du centre ville.
Himmler s’entretient en aparté avec Fegelein, le beau-frère d’Hitler. Selon lui, la seule façon
de ne pas perdre la guerre serait que Hitler abandonne Berlin.
Les bâtiments administratifs sont évacués et les archives sont détruites. Hitler a
choisi le plan Clausewitz : la résistance s’organise à Berlin. Le professeur Schenk
s’inquiète du ravitaillement des civils et refuse d’être évacué avec son
administration.
Les chefs militaires saluent Hitler. Himmler tente une dernière fois de le convaincre
de quitter Berlin et de prendre contact avec les Alliés mais Hitler refuse. Himmler
quitte la ville persuadé qu’il pourra négocier avec les Alliés après la chute de Berlin.
En compagnie d’Albert Speer et devant la maquette de Berlin, Hitler commente
l’intérêt des bombardements destructeurs qui permettront la construction de la
nouvelle ville. Fegelein tente de convaincre Hitler de quitter Berlin pour réaliser son
projet mais celui-ci préfère la position d’Albert Speer « Soyez sur la scène quand le
rideau tombera ».
Les civils fuient les bombardements. Un homme amputé d’un bras s’approche de
jeunes hitlériens qui, dérisoirement, tentent de mettre en place une résistance. Son
fils (Peter Krantz) fait partie du groupe et s’enfuit quand son père tente de les
convaincre que la guerre est perdue. Le groupe doit être décoré par le Führer pour
son héroïsme.
Hitler refuse de suivre les conseils de son état-major : il maintient la 9ème armée en
place (qui risque d’être anéantie), il déplace la 12ème armée qui découvre l’un des
fronts et ordonne une contre-offensive du groupe Steiner. Hitler nomme Mohnke
commandant du périmètre défensif intérieur de Berlin mais refuse d’entendre parler
de l’évacuation des trois millions de civils. L’état-major est divisé : suivre ou non
Hitler.
Hitler sort du bunker pour décorer le groupe de jeunesses hitlériennes de Peter
Krantz.
Traudl Junge refuse de quitter le bunker et d’abandonner Hitler. Elle ne sait
d’ailleurs où aller, sa famille l’ayant mise en garde contre le régime.
Le professeur Schenk s’interroge devant un feu de camp, il veut aller où on a besoin
de lui. Pendant ce temps, Eva Braun organise une dernière fête à la chancellerie.
Hitler est resté au Bunker en compagnie de Speer. Il ne veut laisser qu’un désert face
à l’ennemi même si ça condamne le peuple allemand. La fête est interrompue par un
tir, les danseurs redescendent au bunker.
Sur le front ouest, le Gal Weidling est convoqué par Hitler pour être fusillé. On
l’accuse d’avoir tenté de fuir (alors que ses troupes résistent aux tirs ennemis). Mais
on lui accorde une entrevue avec le Führer.
Le Pr Schenk se rend à l’hôpital pour y prendre le matériel de soin demandé par
Mohnke pour le bunker. Il découvre que les malades ont été abandonnés.
Le Gal Weidling a convaincu le Führer et est nommé commandant de la défense de
Berlin (il aurait préféré être fusillé). Quelques généraux, à moitié ivres, commentent
l’incapacité de Steiner à mener une contre-offensive.
Dans les rues de Berlin, les combats continuent. Le jeune Peter en réchappe de
justesse.
Fegelein veut convaincre Traudl Junge de quitter le bunker, l’opération Steiner n’a
pas eu lieu. C’est ce que confirme l’état-major à Hitler qui entre dans une rage folle
contre ses généraux « déchets du peuple allemand ». Il sait maintenant que la guerre
est perdue mais se refuse à abandonner Berlin. Il préférerait mourir. En sortant de la
salle de réunion, il annonce à ses secrétaires qu’un avion les conduira vers le sud.
Traudl Junge, tout comme Eva Braun, refuse de partir.
Au départ d’Hitler, l’état major se déchire. Fegelein, partisan d’une capitulation, est
férocement pris à parti par les autres généraux.
Eva Braun profite d’une accalmie des bombardements pour sortir fumer une
cigarette en compagnie de Traudl. Les sirènes les interrompent, elles rentrent.
Berlin est en flammes. Les combattants rattachés à différents commandements
répondent à des ordres contradictoires. Le Professeur Schenk ne peut empêcher que
des civils soient fusillés. Il livre sa cargaison à la chancellerie, transformée en
hôpital.
Goebbels téléphone à sa famille pour lui demander de le rejoindre au Bunker. On
l’informe au sujet de la levée populaire qui, sans expérience et sans armes, meurt en
vain. Mais il n’éprouve aucune compassion. Eva Braun reçoit un coup de téléphone
de Fegelein, complètement saoul, qui tente une dernière fois de la convaincre de
quitter Berlin. Les enfants Goebbels arrivent au bunker et chante une chanson à
« Oncle Hitler ».
Hitler commente la meilleure façon de se suicider, une balle. Eva Braun préconise le
poison que Hitler distribue à ses secrétaires.Berlin le 23 avril 1945. Eva Braun écrit une dernière lettre à sa soeur, en la rassurant
sur son époux, Fegelein, qui n’est pas au bunker. Magda Goebbels écrit à son fils
pour lui dire qu’elle est restée au bunker contre la volonté de son mari. Elle
n’imagine pas vivre avec ses enfants dans un monde sans national-socialisme. Les
voix off de ces lettres testaments illustrent des scènes de combats de rue, de suicides,
de blessés. Hitler médite devant le portrait de Frédéric II.
Peter découvre que tous les camarades de son bataillon sont morts.
Hitler demande à Keitel de partir pour Dönitz afin de préparer la reconquête de
régions pétrolifères quand tout sera fini à Berlin.
Les bombardements continuent sur les civils. Un mère perd son petit garçon. Peter se
réveille, vivant, au milieu du cratère d’un obus.
Au bunker, Hitler reçoit un message de Göring qui se propose d’assurer sa
succession à la tête du Reich si les circonstances le nécessitaient. Hitler n’y voit que
trahison et le démet de ses fonctions.
Albert Speer qui a rejoint le bunker veut convaincre Traudl Junge et Magda
Goebbels (dont les enfants ont un droit sur leur avenir) de partir ; sans succès. Il fait
ses adieux à Eva Braun qui lui rappelle l’influence qu’il a eu sur la décision du
Führer de rester à Berlin.
Albert Speer se rend auprès de Hitler pour un dernier entretien. Il l’écoute d’abord
lui parler du venin juif et de sa mort prochaine. Puis il lui demande d’épargner le
peuple avant de lui avouer qu’il n’a pas suivi ses ordres de destruction. Hitler refuse
de lui serrer la main à son départ.
Peter rentre chez lui et se jette en pleurs dans les bras de ses parents. Fiévreux, il est
mis au lit par ses parents.
Hitler se rend au chevet de Ritter von Greim et Melle Reitsch qui l’ont rejoint au
bunker de manière spectaculaire. Il le nomme Général en chef de la Luftwaffe.
Au cours du dîner, Hitler entre dans une rage folle quand il apprend que Himmler
propose la capitulation. Il renvoie Ritter von Greim et Melle Reitsch à Dönitz pour
tuer Himmler. Il évoque son ultime plan : trois armées qui prendront en étau les
alliés. Ritter von Greim est enthousiaste à la découverte de ces nouvelles troupes…
Hitler exige qu’on lui ramène Fegelein, aide de camp de Himmler, introuvable dans
le bunker.
Un général d’Hitler se suicide à la grenade avec toute sa famille après que le Führer
ait refusé de le voir quitter Berlin. Fegelein est retrouvé dans un bordel. Eva Braun
supplie Hitler d’épargner la vie de son beau-frère.
Weidling préconise une percée pour permettre au Führer de fuir et pour briser
l’encerclement de Berlin, mais Hitler refuse. Il évoque les contre-offensives des 9ème
et 12ème armées. L’état-major sait que ces armées ne peuvent rien faire mais personne
n’ose contredire Hitler.
Fegelein est abattu.
Traudl rejoint Hitler pour prendre en note son testament politique. Alors qu’elle le
tape à la machine, elle est rejointe par Goebbels en larmes d’avoir reçu l’ordre de
quitter Berlin. Il n’obéira pas à cette dernière consigne malgré sa fidélité sans faille.
Il veut aussi dicter à Traudl son testament politique mais il attendra son tour.
Eva Braun et Hitler se marient.
Köhne entre dans le bunker sous les bombardements. Il annonce à Hitler qu’il ne
pourra tenir plus de 20 heures. Hitler reçoit des nouvelles de Keitel qui lui annonce
que les armées sur lesquelles il comptait sont complètement immobilisées. Hitler
quitte la salle de réunion en refusant la capitulation. Il annonce qu’il se donnera la
mort et qu’il voudrait que son cadavre soit brûlé.
Le professeur Schenke et Hewel sont appelés auprès du Führer. Tandis que Hewel
explique à Hitler la meilleure façon de se suicider, le professeur Schenke prend en
charge une infirmière en pleine crise de nerfs. Des bidons d’essence sont livrés sous
les tirs. Hitler tue sa chienne.
Traudl écoute les confessions d’Eva Braun au sujet d’Hitler. Elles sont d’accord sur
le fait qu’il s’agit d’un homme attentionné. Eva Braun lui offre un manteau et lui fait
promettre de sortir de là. Elle se remaquille pour le dernier repas au cours duquel
Hitler félicite sa cuisinière. Puis il quitte la table en disant que le moment est venu.
Hitler fait ses adieux. Il décore Magda Goebbels, « mère la plus courageuse du
Reich ». Puis il s’isole avec Eva Braun. Mme Goebbels force la porte du bureau de
Hitler pour le supplier de quitter Berlin, sans succès.
Traudl nourrit les enfants Goebbels tandis que les officiers attendent le suicide de
Hitler. Quand c’est chose faite, les corps de Hitler et Eva Braun sont évacués et
brûlés. Devant le brasier, les hommes font un dernier salut. Traudl se rend dans la
pièce du suicide.
Les exécutions continuent dans la ville.
Le général Weidling annonce le suicide de Hitler aux Russes qui proposent la
capitulation. Mais Goebbels la refuse. L’état-major se déchire : obéir ou non aux
dernières volontés du Führer
Magda Goebbels prépare l’empoisonnement de ses enfants et leur fait boire un
somnifère. Goebbels dicte son testament à Traudl.
Magda Goebbels administre à chacun de ses enfants une ampoule de cyanure
pendant leur sommeil. Elle leur couvre le visage et sort sans un mot de la chambre
sous les yeux de son mari qui est resté à la porte. Elle s’installe pour faire une
réussite.
Traudl se prépare à fuir avec quelques officiers. Ceux qui restent se suicident.
A l’extérieur, un enregistrement de général Weidling annonce le suicide de Hitler et
demande l’arrêt de toute forme de résistance. Peter rentre chez lui et découvre que
ses parents ont été exécutés.
Goebbels s’habille soigneusement et sort du Bunker avec sa femme qu’il tue avant
de se suicider. Les bidons d’essence sont prêts.
Le professeur Schenke (après avoir été remercié pour son aide à l’hôpital) rejoint le
petit groupe (dans lequel se trouve Traudl) qui a réussi à s’enfuir du bunker. A
l’arrière plan, les blessés et les soldats recoivent leur ultime décoration.
Au lever du jour, des groupes de soldats en fuite, se rejoignent, encerclés par
l’Armée Rouge. On conseille aux secrétaires d’Hitler d’essayer de passer seules les
lignes ennemies : ce sont des femmes, elles ont une chance. Seule Traudl le fera,
aidée dans sa fuite par la présence inopinée de Peter qui lui prend la main.
La capitulation est annoncée.
Traudl et Peter regardent passer les colonnes de réfugiés. Peter trouve un vélo. Sur
une route de campagne, un rayon de soleil éclaire le visage de Traudl qui pédale.
Peter est assis sur le guidon. Fondu au noir.
Succession de cartons :
- La capitulation générale fut signée le 7 mai 1945.
- La cessation des hostilités intervint le 8 mai à minuit
- La guerre avait alors coûté la vie à 50 millions de personnes
- 6 millions de juifs avaient été tués dans des camps de concentration allemands.
Succession de cartons (avec la photo des personnes dont il est question) :
Extrait de « Dans l’angle de la mort »
Traudl Junge « La jeunesse n’est pas une excuse »
Fondu au noir.
Générique de fin






Critique du film :


Si elle est appuyée sur le livre de l’historien Joachim Fest, Les Derniers Jours d’Hitler (2002, Perrin), La Chute est surtout basée sur l’expérience de Traudl Junge, la secrétaire particulière de Hitler de 1942 à 1945. Seule face à la caméra, elle y raconte durant quatre-vingt-dix minutes la manière dont elle a pu percevoir « la bête immonde » du haut de ses vingt-deux ans : un homme ordinaire et poli, une figure paternelle, n’ayant rien à voir avec l’orateur dément qui apparaissait en public. Ce faisant, elle explique comment au centre même de l’information, elle était en fait dans un angle mort ; et toute la nuance de son propos consiste en ce qu’elle l’explique sans jamais se déresponsabiliser. Traudl Junge n’a jamais pu se pardonner son aveuglement. Sa propre histoire la détermina à devenir une farouche adversaire du national-socialisme, et à souffrir en même temps au plus haut point de son incapacité à jamais pardonner à la jeune fille qu’elle était, à sa naïveté et à son ignorance d’alors. C’est cette irréductible tension qui parcourt le film du début à la fin. D’où ses dernières paroles, sans doute les plus fortes de tout l’entretien, consacrées à une opposante allemande au régime nazi qui fut fusillée en 1942 : « mais un jour [, après la guerre], j’ai réalisé que la jeune fille qui s’était opposée au régime nazi et qui avait été exécutée la même année [1942] où j’étais entrée au service d’Hitler, avait le même âge que moi. À ce moment-là, j’ai compris ne pouvoir faire valoir aucune excuse. » Il est significatif que La Chute se termine précisément par cette évocation.
La qualité de ce film réside dans son intention : nous invitant à réfléchir sur la figure du mal, il est une tentative d’identifier ce qui semble dépasser l’entendement. Hannah Arendt, dans son livre Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963), s’est vue reprocher de faire de celui-ci un homme comme les autres. Ce point est clairement affirmé dans La Chute, ce n’est pas le mal génocidaire qui est banal : le problème vient de ce qu’il ait été accompli par des hommes qui n’avaient rien de monstrueux. Il n’y a pas de Mal incarné, pas de dictateur (pas plus Hitler que Staline ou Mussolini) qui se soit jamais présenté avec un couteau entre les dents : la banalité et l’humanité des criminels contraste tant avec l’horreur et l’inhumanité de leurs crimes que l’Histoire nous incite à rester prudents plutôt qu’à les reléguer au rang de bourreaux inhumains. Ce sont des bourreaux humains. Il ne faut pas l’oublier. Comprendre l’incompréhensible sans bienveillante compréhension : telle est la tâche.
La Chute vient donc occuper un espace resté longtemps vacant dans la pléiade de films portant sur le nazisme : celui de la représentation réaliste de Hitler. Mais il ne parvient à combler ce lieu vide que très partiellement : on peut légitimement s’interroger sur ses capacités documentaires, et ce notamment parce qu’on ne peut que regretter profondément le choix initial de ne se limiter qu’aux derniers jours de la vie de Hitler, choix qui sinon contredit, du moins affaiblit cette volonté de comprendre de manière réaliste qui il fut vraiment.
En ce sens, le film d’Oliver Hirschbiegel pose une question bien réelle : est-il possible de faire d’un personnage historique si proche de nous une figure de cinéma ? Ce visage que chacun connaît pour l’avoir rencontré dans des livres d’Histoire peut-il revêtir d’autres traits et prétendre en même temps à une légitimité documentaire ?
Si le débat fait aujourd’hui rage entre historiens, journalistes et spectateurs, c’est que le film pèche à plusieurs reprises, non pas dans son choix de représenter Hitler sous un angle inédit, mais dans sa mise en scène tape-à-l’œil. La démarche du scénariste et producteur Bernd Eichinger  relève davantage du coup médiatique capable de déplacer les foules curieuses — allemandes surtout — que d’un devoir de mémoire construit et pertinent. La réalisation et le montage, d’un académisme déconcertant, démontrent plus d’une fois les ambiguïtés d’un film qui se laisse volontiers fasciner par son sujet quand il prétend se mettre à sa hauteur.